Plusieurs systèmes français utilisent les mains pour communiquer avec des personnes sourdes ou en difficulté de communication. Ils sont régulièrement confondus entre eux, et confondus avec la langue des signes française.

Ce sont pourtant des choses très différentes, qui ne s'adressent pas aux mêmes personnes et ne servent pas au même usage. Cet article établit les distinctions, en une phrase pour chacune, puis en détail.

La distinction fondamentale tient en une ligne : la LSF est une langue. Les autres sont des codes ou des programmes.

Définitions et sources vérifiées le 18 août 2026.

En résumé

SystèmeNaturePour quiRapport à la LSF
LSFLangue à part entièrePersonnes sourdes signantes, et qui veut l'apprendre
Français signéCode, stratégie de communicationÉducateurs, situations de contact sourds-entendantsEmprunte ses signes, abandonne sa grammaire
LPC / LfPCCode manuelPersonnes sourdes oralisantesAucun lien : transmet du français
MakatonProgramme d'aide à la communicationPersonnes avec troubles du développement ou du langageEmprunte des signes, garde la parole
Signes internationauxPratique de contact conventionnaliséeRencontres internationales entre sourdsPuise dans plusieurs langues des signes et dans des stratégies visuelles partagées
Bébé signeTechnique de communicationBébés entendants pré-verbauxEmprunte des signes, syntaxe française

La LSF : le point de comparaison

La langue des signes française est une langue naturelle à part entière, avec sa grammaire et sa syntaxe propres, indépendantes du français.

Elle utilise l'espace de manière grammaticale : les référents sont placés devant le signeur, les verbes s'orientent d'un point à un autre pour marquer qui fait quoi, une ligne temporelle traverse le corps — le passé derrière l'épaule, le futur devant. Les expressions du visage portent une part de la grammaire : la position des sourcils distingue un type de question d'un autre. L'ordre des éléments suit typiquement temps, lieu, sujet, action.

Elle est reconnue comme une langue à part entière par l'article 75 de la loi du 11 février 2005. Aucun des autres systèmes présentés ici ne bénéficie d'une reconnaissance équivalente.

Notre article sur la grammaire de la LSF détaille ce fonctionnement.

Le français signé

Ce que c'est : parler français — en le prononçant ou en l'articulant — tout en signant simultanément les mots traduisibles. Le résultat est du lexique de la LSF inséré dans la syntaxe du français.

Ce que ce n'est pas : une langue. Les linguistes ne le considèrent pas comme telle ; c'est un transcodage du français, une technique d'accommodation.

Qui l'utilise : on peut le rencontrer dans certaines situations éducatives ou dans des échanges où les interlocuteurs n'ont pas le même niveau de LSF. Son usage varie selon les personnes et les contextes ; il ne remplace pas la grammaire de la LSF.

Son rapport à la LSF : il vit dessus. Il en emprunte les signes et en abandonne la grammaire — c'est-à-dire ce qui en fait une langue.

C'est la confusion la plus fréquente, et la plus lourde de conséquences. Quelqu'un qui pense apprendre la LSF alors qu'il apprend du français signé accumule du vocabulaire sans jamais acquérir la structure.

Le LPC, ou LfPC

Langue française parlée complétée. Malgré le mot « langue » dans son nom, ce n'est pas une langue distincte : l'ALPC parle de « code LPC ». L'Éducation nationale le décrit comme une transposition visuelle de la langue française sonore, sans modification de ses éléments linguistiques.

Comment ça marche. Le LPC résout un problème précis : sur les lèvres, beaucoup de sons français sont indiscernables. « Pain », « bain » et « main » produisent exactement la même image labiale. Ce sont des sosies labiaux.

Le code lève l'ambiguïté avec des configurations de main associées aux consonnes et des positions autour du visage associées aux voyelles. Une configuration et une position forment une clé, produite en synchronisation avec la parole. Le locuteur parle normalement ; la clé complète ce que montre le mouvement des lèvres.

Origine. Adapté du Cued Speech inventé aux États-Unis en 1967 par le docteur R. Orin Cornett, transposé au français par le pasteur Denis Mermod en 1971, arrivé en France autour de 1977.

Le codeur LfPC. C'est un métier. Le codeur transmet en LfPC ce qui se dit, dans les situations où la lecture labiale ne suffit pas — de la maternelle à l'enseignement supérieur, en examen, en conférence ou en réunion professionnelle. Des formations universitaires spécialisées existent notamment à l'INSEI de Suresnes et à l'ISTR de l'université Lyon 1.

Un point réglementaire utile : la circulaire de 2017 sur le parcours de formation des jeunes sourds précise que les accompagnants d'élèves en situation de handicap ne peuvent assurer ni l'interprétariat, ni l'enseignement, ni le codage LPC. Ce sont des fonctions distinctes.

Son rapport à la LSF : aucun, linguistiquement. Le LPC transmet du français. La LSF est une autre langue. Ils s'adressent à des publics différents — schématiquement, le LPC accompagne un parcours oralisant, la LSF un parcours signant — et beaucoup de familles utilisent les deux à des moments différents.

Vous trouverez souvent citées des statistiques comparant le taux de compréhension en lecture labiale seule et avec le LPC. Nous ne les reprenons pas : nous n'avons trouvé aucune source officielle les publiant.

Le Makaton

Ce que c'est : un « programme d'aide à la communication et au langage », constitué d'un vocabulaire fonctionnel utilisé simultanément avec la parole, des signes et des pictogrammes.

Pour qui : des enfants et des adultes ayant des besoins complexes de communication, par exemple en lien avec des troubles du développement ou du langage, une déficience intellectuelle, l'autisme, le polyhandicap, la trisomie 21 ou certaines atteintes neurologiques. Le choix du Makaton dépend du besoin de communication, pas simplement du statut auditif de la personne.

D'où viennent les signes : dans la version française, ils sont empruntés à la LSF. Les pictogrammes sont des symboles graphiques issus de banques existantes.

Structure : le programme français annonce un vocabulaire de base de 468 concepts, complété par environ 7 000 pictogrammes et organisé pour permettre une progression adaptée aux besoins de la personne.

Origine : créé au Royaume-Uni au début des années 1970 par l'orthophoniste Margaret Walker, introduit en France en 1995.

Formation : Makaton France propose plusieurs formats destinés aux proches et aux professionnels. Les durées et contenus pouvant évoluer, consultez le catalogue officiel au moment de vous inscrire.

Son rapport à la LSF : un emprunt lexical. La parole est toujours maintenue, les signes viennent en soutien du français. Ce n'est ni une langue, ni un enseignement de la LSF.

Les signes internationaux

Souvent appelés à tort « langue des signes internationale ».

Il ne s'agit pas d'une langue des signes nationale unique. La Fédération mondiale des sourds et la WASLI parlent d'une forme de communication de contact utilisée dans certaines rencontres internationales, avec des conventions, des signes partagés, des adaptations et de nombreuses stratégies visuelles.

Son lexique et sa structure varient selon les interlocuteurs et le contexte. On l'utilise notamment dans certains congrès internationaux et événements tels que les Deaflympics.

C'est le pendant de l'idée reçue selon laquelle la langue des signes serait universelle. Elle ne l'est pas : nous en parlons dans sept idées reçues sur la langue des signes et dans LSF vs ASL.

Le bébé signe

Techniquement appelé communication gestuelle associée à la parole. Des signes empruntés à la LSF, utilisés isolément, dans l'ordre du français, en accompagnement de la parole, avec des bébés entendants avant l'apparition du langage.

Ce n'est pas une langue, et ce n'est pas un apprentissage de la LSF. Nous lui consacrons un article entier : bébé signe et LSF, quelle différence.

Pourquoi la distinction compte

Ce n'est pas de la pédanterie terminologique. Trois conséquences concrètes.

Pour un apprenant : croire apprendre la LSF alors qu'on apprend du français signé, c'est accumuler du vocabulaire sans acquérir la grammaire — et se retrouver incapable de comprendre une personne sourde qui signe réellement.

Pour une famille : LSF, LPC et Makaton ne répondent pas au même besoin. Le choix dépend de l'enfant, pas de ce qui est disponible à proximité. Une information imprécise conduit à des orientations inadaptées.

Pour un professionnel : proposer un codeur LPC à une personne sourde signante, ou un interprète LSF à une personne oralisante utilisant le LPC, revient à ne pas répondre au besoin. La question à poser est simple : « comment préférez-vous communiquer ? »

Questions fréquentes

Le LPC, c'est de la langue des signes ? Non. C'est un code manuel qui accompagne la lecture labiale du français. Il transmet du français, pas de la LSF.

Le Makaton utilise-t-il des signes de la LSF ? Oui, dans sa version française, mais il les utilise avec la parole et selon la structure du français. Ce n'est pas un enseignement de la LSF.

Le français signé, est-ce plus facile que la LSF ? Il est plus facile à produire pour un francophone, puisqu'il suit l'ordre du français. Mais il ne permet pas de comprendre une conversation en LSF, ce qui est en général l'objectif recherché.

Une personne sourde comprend-elle le Makaton ou le LPC ? Pas nécessairement. Une personne qui connaît la LSF peut reconnaître certains signes empruntés par le Makaton, sans pour autant connaître le programme. La LfPC n'est utile qu'aux personnes qui l'ont apprise et qui s'appuient sur le français oral et la lecture labiale.

Que dois-je apprendre pour communiquer avec une personne sourde ? Cela dépend d'elle. Demandez-lui. Pour une personne sourde signante, c'est la LSF.


Vous voulez apprendre la langue, pas un code ? Découvrir Initiation LSF → — construit et corrigé par des enseignants sourds et CODA.


Sources