Un lien historique exceptionnel

La langue des signes française (LSF) et la langue des signes américaine (ASL) partagent une relation unique dans le monde des langues : l'ASL descend en partie de la LSF. C'est un fait rare — les langues des signes, comme les langues orales, se développent généralement de façon indépendante dans chaque communauté sourde.

Tout remonte au début du 19e siècle. Thomas Hopkins Gallaudet, un éducateur américain, cherchait une méthode pour enseigner aux enfants sourds. En 1817, il convainc Laurent Clerc — un éducateur sourd parisien, locuteur natif de LSF — de l'accompagner aux États-Unis. Ensemble, ils fondent la première école américaine pour les sourds à Hartford, Connecticut. Clerc enseigne en LSF, qui se mélange progressivement aux langues des signes locales déjà présentes en Amérique, notamment la langue des signes de Martha's Vineyard.

Résultat : l'ASL actuelle est estimée à environ 60 % apparentée à la LSF moderne.

Ce qu'elles partagent

Vocabulaire de base : Un locuteur de LSF et un locuteur d'ASL peuvent souvent se comprendre sur des sujets simples, surtout s'ils connaissent l'histoire de leurs langues et font l'effort de signer lentement. C'est comparable à la compréhension mutuelle entre un locuteur espagnol et un locuteur portugais.

Structure grammaticale générale : Les deux langues utilisent l'espace devant le signeur pour situer les personnages et les objets d'un récit. L'expression faciale joue un rôle grammatical dans les deux langues. La structure de base de la phrase tend à être Sujet–Objet–Verbe.

Culture sourde commune : Les deux communautés partagent une histoire de luttes pour la reconnaissance de leurs langues et le droit à l'éducation en langue des signes.

Ce qui les distingue

L'alphabet dactylologique

C'est la différence la plus visible pour un débutant. La LSF utilise un alphabet dactylologique à deux mains (les deux mains participent à l'épellation), hérité de la tradition française. L'ASL utilise un alphabet à une seule main — plus rapide, mais visuellement différent.

Le vocabulaire contemporain

Malgré leurs origines communes, 40 % du vocabulaire des deux langues a divergé au fil des générations. De nombreux signes courants sont totalement différents entre LSF et ASL. Le signe pour « merci », « maison » ou « travail » n'est pas le même.

Les influences régionales

La LSF a été influencée par les communautés sourdes de Belgique, de Suisse romande et d'Afrique francophone. L'ASL a absorbé des influences mexicaines, canadiennes et caribéennes. Chacune a des variantes régionales importantes.

La culture et les codes sociaux

Au-delà de la langue elle-même, les cultures sourdes française et américaine ont des codes différents — dans la façon d'interagir, de se saluer, d'aborder des sujets sensibles. Apprendre la LSF, c'est aussi s'initier à la culture sourde française.

Et les autres langues des signes ?

La LSF a également influencé plusieurs autres langues des signes :

  • La LSFB (Belgique francophone) est très proche de la LSF
  • La LSQ (Québec) porte aussi des traces de la LSF
  • La LSB (Brésil) et la RSL (Russie) ont également des origines partielles dans la LSF

À l'inverse, la BSL (langue des signes britannique) et la Auslan (australienne) se sont développées de façon largement indépendante et sont très différentes de la LSF.

Dois-je connaître l'ASL avant d'apprendre la LSF ?

Si vous parlez déjà l'ASL couramment, l'apprentissage de la LSF sera significativement plus rapide qu'en partant de zéro. Les structures grammaticales similaires vous seront familières, et vous reconnaîtrez une partie du vocabulaire.

Mais attention : cette familiarité peut aussi induire des erreurs si vous transposez automatiquement des signes ASL en supposant qu'ils existent en LSF. Il vaut mieux aborder la LSF comme une langue à part entière, en gardant à l'esprit votre bagage ASL comme atout, pas comme modèle.

Si vous débutez en langue des signes sans aucune expérience, peu importe : commencez directement par la LSF sans passer d'abord par l'ASL.