Claude-André Deseine, né en 1740 et mort en 1823, est un sculpteur français sourd dont plusieurs œuvres sont liées aux dernières années de l'Ancien Régime et à la Révolution française. Ses portraits en terre cuite permettent de relier histoire de l'art, histoire politique et histoire sourde sans réduire l'artiste à sa surdité.
Son nom demande une attention particulière : Claude-André avait un frère, Louis-Pierre Deseine, lui aussi sculpteur. Les deux carrières sont parfois confondues dans des pages généralistes. Les dates, les œuvres et les positions politiques attribuées à l'un ne doivent pas être automatiquement transférées à l'autre.
Un artiste sourd au XVIIIe siècle
Une notice biographique consacrée à Deseine par Théophile Denis en 1889 le présente comme un élève de l'abbé de l'Épée et comme l'un des premiers élèves de cette école à se distinguer dans les beaux-arts. Cette source est ancienne : son vocabulaire et certaines de ses interprétations reflètent les idées de son époque. Elle reste néanmoins un témoignage important pour retracer la place donnée à Deseine dans la mémoire sourde française.
L'abbé Charles-Michel de l'Épée est associé à une école gratuite destinée à des élèves sourds à Paris et à l'usage de « signes méthodiques » dans l'enseignement. Ces signes méthodiques ne doivent pas être confondus avec la LSF telle qu'elle est décrite aujourd'hui. Dire que Deseine a été son élève ne permet pas, à lui seul, de reconstituer précisément les langues et méthodes utilisées par le sculpteur dans chaque contexte.
Cette prudence n'efface pas l'essentiel : Deseine appartient à une histoire où des personnes sourdes créent, étudient et travaillent comme artistes bien avant la reconnaissance légale moderne de la LSF.
Le buste de l'ambassadeur de Tippoo Sahib, 1788
Le musée du Louvre conserve une terre cuite réalisée par Claude-André Deseine en 1788 : Un ambassadeur de Tippoo Sahib, sultan de Mysore, auprès du roi Louis XVI.
La notice du Louvre indique que l'œuvre a été exécutée après la réception de l'ambassadeur par Louis XVI le 3 août 1788. Sur l'épaule du buste figure une inscription où l'artiste se désigne avec les mots historiques « Sourd et Muet » et date son travail de 1788.
Le terme « muet » n'est pas approprié pour décrire aujourd'hui une personne sourde. Dans ce cas précis, il est mentionné parce qu'il fait partie de l'inscription de l'objet et documente la manière dont l'artiste a signé l'œuvre à cette époque.
La sculpture mesure 54 centimètres de haut hors piédouche et pèse 21 kilogrammes. Elle appartient au département des Sculptures du Louvre, mais la notice indique qu'elle n'est pas actuellement exposée.
Les portraits de la Révolution
Le Musée de la Révolution française conserve un buste en terre cuite de Maximilien Robespierre réalisé par Deseine en 1791. Sa fiche pédagogique précise que le sculpteur crée au même moment trois bustes : Robespierre, Pétion et Mirabeau.
Selon le musée, Deseine offre le portrait de Robespierre au Club des Jacobins. L'œuvre aurait probablement été réalisée d'après nature. Cette proximité avec les figures révolutionnaires ne doit pas être transformée en récit romanesque sans source, mais elle montre que le sculpteur travaille au cœur de la production politique de son temps.
Le British Museum répertorie également une estampe représentant Marat, réalisée par Gilles-Louis Chrétien d'après Claude-André Deseine, avec Jean Fouquet comme dessinateur intermédiaire. Cette trace rappelle que les portraits de Deseine ont aussi circulé par la gravure.
Claude-André et Louis-Pierre : deux frères à distinguer
Claude-André Deseine est l'aîné de Louis-Pierre Deseine, né en 1749 et mort en 1822. Tous deux sont sculpteurs, mais leurs parcours et leurs œuvres ne sont pas interchangeables.
Pour éviter les erreurs d'attribution, chaque affirmation doit être rattachée à une notice de collection ou à une source nommant explicitement Claude-André. C'est particulièrement important pour les bustes de personnalités politiques, les distinctions académiques et les collections actuelles.
L'ancien article associait trop largement son œuvre au Louvre et à Versailles. La formulation exacte est plus nuancée : le Louvre est propriétaire du buste de l'ambassadeur, qui a été déposé au pavillon de la Lanterne dans le parc de Versailles de 1963 à 1969. Cela ne signifie pas que toutes les œuvres citées de Deseine appartiennent aux collections de Versailles.
Pourquoi Deseine compte dans l'histoire sourde
L'intérêt de Claude-André Deseine ne vient pas d'une histoire où l'artiste aurait « surmonté » sa surdité. Cette lecture ferait de sa carrière une exception individuelle et laisserait de côté les institutions, les réseaux et les autres artistes sourds de son temps.
Son œuvre permet plutôt d'observer trois réalités :
- un artiste sourd produit des portraits reconnus et collectionnés à la fin du XVIIIe siècle ;
- sa signature fait explicitement apparaître son identité sourde sur une œuvre aujourd'hui conservée au Louvre ;
- sa formation est reliée par une source historique à l'école de l'abbé de l'Épée, un lieu important de l'histoire de l'éducation des personnes sourdes en France.
Il faut pourtant résister à une conclusion trop rapide. L'existence de Deseine ne prouve pas que les artistes sourds bénéficiaient alors d'un accès égal à l'enseignement, aux commandes ou à la reconnaissance. Elle documente une trajectoire particulière dans un contexte encore très inégalement étudié.
Regarder les œuvres avant de raconter la légende
Une biographie historique fiable commence par les objets, leurs dates, leurs matériaux, leurs inscriptions et leurs lieux de conservation. Dans le cas de Deseine, cette méthode évite plusieurs pièges : confondre les deux frères, attribuer un buste au mauvais musée ou transformer une anecdote non vérifiée en fait établi.
Elle permet aussi de voir l'artiste autrement. Le modelé de la terre cuite, les expressions et la présence physique de ses portraits appartiennent pleinement à l'histoire de la sculpture française. L'histoire sourde ne vient pas s'ajouter artificiellement à son œuvre : elle fait partie des conditions dans lesquelles cette œuvre a été créée, signée, transmise et redécouverte.
Pour continuer
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Sources
- Musée du Louvre — Un ambassadeur de Tippoo Sahib…, 1788
- Musée du Louvre — notice d'une œuvre de Louis-Pierre Deseine, utile pour distinguer les deux frères
- Musée de la Révolution française — fiche sur le buste de Robespierre
- British Museum — Claude-André Deseine
- Théophile Denis — Claude-André Deseine, sculpteur sourd-muet, élève de l'abbé de l'Épée (1889)
