En juillet 1979, Claire a huit ans lorsqu’elle part pour Washington. Parmi les enfants français qui l’accompagnent se trouve Emmanuelle Laborit. Toutes deux vont découvrir l’université Gallaudet et un environnement où la langue des signes occupe une place centrale.
Pour Claire, qui grandit dans une famille entendante et fréquente une école où l’enseignement repose sur l’oralisme, ce voyage marque un tournant. Elle résumera plus tard son besoin en quelques mots : « j’avais besoin d’écouter avec les yeux ».
Cette petite fille deviendra Claire Horry, que plusieurs sources et œuvres créditent sous le nom de Claire Garguier : comédienne sourde, militante et présidente d’International Visual Theatre. Dans son parcours, une même question revient sous différentes formes : comment permettre à chacun de comprendre, de raconter et de participer ?
À huit ans, découvrir d’autres possibilités
Avant ce voyage, Claire est scolarisée à Noisy-le-Grand dans une école spécialisée qui privilégie la parole et la lecture labiale. Cette méthode ne lui convient pas. C’est une orthophoniste qui parle à sa mère d’un stage de langue des signes à Gallaudet.
Ses parents font alors le choix de l’y emmener.
Ce détail compte. Lorsqu’un enfant sourd grandit dans une famille entendante, les occasions de rencontrer des adultes sourds et de découvrir une langue visuelle dépendent aussi des portes que les adultes ouvrent autour de lui.
Le souvenir de Claire invite à réfléchir à l’importance de ces rencontres : pouvoir échanger avec d’autres personnes sourdes, voir des adultes sourds prendre leur place et imaginer les possibilités de sa propre vie.
Du cinéma aux histoires racontées avec les mains
Vous avez peut-être déjà vu Claire sans connaître son nom. Dans Ridicule, de Patrice Leconte, elle interprète Thérèse. Au générique, elle apparaît sous le nom de Claire Garguier.
Sous ce même nom, elle figure également dans plusieurs créations en langue des signes. Avec Didier Flory, elle coréalise Signe-moi mille et une nuits, paru en 2006, et participe à son interprétation. Les contes y sont racontés en LSF et doublés en français. Elle compte aussi parmi les interprètes du Jeu de l’oie, l’histoire des sourds : 1712-1834, publié en 2007.
Un conte signé donne à voir tout ce qu’une langue visuelle permet de créer : des personnages qui prennent corps, des lieux qui se dessinent dans l’espace, un rythme qui se construit avec le regard et le mouvement. Pour les personnes qui apprennent la LSF, c’est aussi une invitation à découvrir la langue à travers des récits, au-delà des listes de vocabulaire.
Quand comprendre devient une urgence
La transmission prend une autre dimension lorsque Claire s’engage auprès du Groupe Sourds d’AIDES.
Bruno Moncelle, avec qui elle fait du théâtre, lui propose de participer à la sensibilisation au sida. À cette époque, de nombreuses personnes sourdes voient passer les images des campagnes de prévention sans avoir accès aux explications nécessaires pour comprendre comment le VIH se transmet.
Comment se protéger lorsqu’une information essentielle reste inaccessible ? À qui poser ses questions ?
Des militants sourds créent des supports, organisent des conférences et accueillent le public lors de permanences. Claire participe à cette mobilisation.
Son engagement montre combien une langue partagée peut compter dans les situations les plus concrètes : comprendre un risque, demander une explication, parler de son intimité et prendre une décision pour sa santé.
Faire une place à la LSF dans les lieux culturels
Cette attention à l’accès aux savoirs se retrouve dans son travail de médiation à la Bibliothèque des sciences et de l’industrie. Elle participe notamment, en 2014, à un atelier sur le syndrome d’Usher avec Laurent Dupuis, comprenant une découverte de la langue des signes tactile.
Claire Horry est également présidente d’International Visual Theatre, aujourd’hui codirigé par Emmanuelle Laborit et Jennifer Lesage-David.
À Paris, IVT réunit un théâtre, un centre de formation et une maison d’édition. On peut y découvrir des spectacles, apprendre la LSF et explorer des ressources consacrées à la culture sourde. Création artistique et transmission de la langue s’y nourrissent mutuellement.
Du conte à la prévention, de la bibliothèque au théâtre, le parcours de Claire est traversé par un même souci : donner davantage de possibilités de comprendre, de créer et de s’exprimer.
Ce que son histoire peut apporter aux parents entendants
Pour un parent entendant qui a un enfant sourd, cette histoire soulève une question très personnelle : quelle place pouvons-nous donner à la LSF dans notre vie de famille ?
Partager une langue permet de vivre les échanges ordinaires : raconter sa journée, demander pourquoi, expliquer une inquiétude ou plaisanter à table. Apprendre la LSF demande du temps, mais les premiers échanges peuvent commencer pendant cet apprentissage et s’enrichir progressivement.
L’expérience de Claire rappelle aussi l’importance des rencontres avec des adultes sourds. Découvrir leurs récits, leurs créations et leurs parcours peut ouvrir aux familles des perspectives concrètes sur la langue et la culture que leur enfant pourra partager.
Lire aussi : LSF pour les parents d’enfants sourds, par où commencer ?
Voir le portrait vidéo « Claire sans relâche »
Le portrait Claire sans relâche, publié par la chaîne Ouvre l’œil, revient sur le parcours de Claire Horry.
Regarder « Claire sans relâche » sur YouTube
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Découvrir l’Immersion LSFSources
- La Parole Aux Sourds, La communauté sourde LGBTQIA+, 2023, témoignage de Claire Horry (Garguier), p. 16–21
- La Cinémathèque française, Ridicule, distribution
- Bibliothèque nationale de France, Signe-moi mille et une nuits
- Bibliothèque nationale de France, Jeu de l’oie, l’histoire des sourds : 1712-1834
- Handicap.fr, Accès aux soins des sourds : récit d’une longue lutte
- Cité des sciences et de l’industrie, La santé en langue des signes : archives
- International Visual Theatre, Présentation d’IVT — équipe consultée le 1er octobre 2026

