Combien de personnes signent en France ? Il n'existe pas de recensement national récent consacré à l'usage de la LSF. Les chiffres disponibles sont donc des estimations produites à des dates et selon des périmètres différents.

Cet article distingue le cadre légal, qui est vérifiable, des estimations démographiques, qui doivent être lues avec leur source, leur date et leur population de référence.

Données et textes vérifiés le 18 août 2026.

Ce que dit la loi

La reconnaissance de 2005

La LSF est reconnue comme une langue à part entière par l'article 75 de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005, désormais codifié à l'article L. 312-9-1 du code de l'éducation. Le texte affirme sa reconnaissance linguistique, prévoit que les élèves concernés puissent recevoir un enseignement de LSF, autorise son choix dans certaines épreuves et encourage sa diffusion dans l'administration.

Ce qui existait avant

La reconnaissance de 2005 n'est pas venue de nulle part. La loi Fabius du 18 janvier 1991 avait déjà posé, dans son article 33, que « dans l'éducation des jeunes sourds, la liberté de choix entre une communication bilingue — langue des signes et français — et une communication orale est de droit ». Cette disposition a été abrogée par la loi de 2005 et reprise à l'article L. 112-2-2 du code de l'éducation.

Ces deux textes se comprennent à la lumière de ce qui les a précédés : le congrès de Milan de 1880, qui a voté en faveur de l'oralisme et écarté la langue des signes des écoles de sourds françaises pendant près d'un siècle. Nous racontons cette histoire dans l'histoire de la LSF.

L'accessibilité des services publics : l'article 78

C'est une disposition distincte et souvent confondue avec la précédente. L'article 78 de la même loi de 2005, modifié par l'ordonnance n° 2023-857 du 6 septembre 2023, prévoit que les personnes sourdes et malentendantes bénéficient, à leur demande, d'une traduction simultanée écrite ou visuelle dans leurs relations avec les services publics — interprétation en LSF, codage en LfPC ou transcription écrite — sans coût supplémentaire pour l'usager.

Son application effective reste incomplète. Plusieurs questions parlementaires, en 2020, 2023 et 2024, ont interrogé le gouvernement sur ce point ; la réponse de novembre 2024 décrit des travaux en cours plutôt qu'une mise en œuvre aboutie.

La LSF et la Constitution

La LSF est considérée par l'État comme une langue de France, et non comme une langue de la République. Une proposition de loi constitutionnelle déposée à l'Assemblée nationale en décembre 2022 visait à l'inscrire à l'article 2 de la Constitution. Elle n'a pas été adoptée. La position gouvernementale, exprimée dès 2019 au Sénat, est qu'une inscription constitutionnelle n'ajouterait rien à la reconnaissance existante.

Les chiffres, et d'où ils viennent

Personnes sourdes et malentendantes

La seule source rigoureuse est une étude de la DREES, publiée en août 2014 (document de travail n° 131), exploitant l'enquête Handicap-Santé menée par l'INSEE et la DREES en 2008 :

MesureChiffre
Limitation fonctionnelle auditive~10,16 millions (16,1 % de la population)
Limitation très sévère ou totale359 000
Personnes déclarant une surdité complète182 000

Une réserve importante : ces données datent de 2008. Nous n'avons pas identifié de nouvelle enquête nationale directement comparable. Un chiffre plus récent sur la surdité en France doit donc être lu avec sa méthode, son périmètre et sa source.

Combien de personnes utilisent la LSF ?

Il n'existe pas de recensement national récent et dédié des utilisateurs de la LSF. L'étude DREES publiée en 2014 porte sur le handicap auditif et ne mesure pas directement l'ensemble des locuteurs de la langue.

Ce qui existe, ce sont des estimations d'origines diverses :

ChiffreSourceDate
~300 000 locuteursDGLFLF, ministère de la Culture, Langues et cité n° 34 et page publiée le 13 février 2026 — présentée comme une estimation2025-2026
80 000 à 120 000 adultes sourds culturellementDGLFLF, même publication2025-2026
~100 000 en FranceMinistère de la Culture, portail « Langues en France »2019
~80 000 utilisateurs de la LSFConseil national de l'Ordre des médecins, rapport 20202020

Ces chiffres varient fortement et ne décrivent pas toujours la même population : personnes sourdes, adultes sourds culturellement ou ensemble des utilisateurs, y compris des personnes entendantes. Ils ne doivent donc pas être comparés comme s'ils provenaient d'une même enquête.

Pourquoi les chiffres souvent cités ne sont pas directement comparables

Vous rencontrerez très souvent la paire « 300 000 sourds, dont 100 000 utilisent la LSF ». Elle apparaît dans la presse, sur les sites de formation, et jusque dans les documents parlementaires.

La proposition de loi constitutionnelle de décembre 2022 avance ainsi plusieurs chiffres — 300 000 sourds, 5 millions de personnes malentendantes, 100 000 utilisateurs de la LSF et 250 000 personnes formées — sans en préciser la méthode dans le texte déposé.

Le chiffre de 182 000 personnes déclarant une surdité complète en 2008 ne mesure pas la même chose que le nombre d'utilisateurs de la LSF : ceux-ci peuvent avoir des degrés de surdité différents, être devenus sourds à des âges différents, être CODA, proches ou professionnels entendants. Les deux données ne se contredisent donc pas nécessairement.

Il ne faut donc ni présenter ces estimations comme un décompte exact, ni les écarter sans examen. La formulation rigoureuse consiste à indiquer l'organisme, la date, le périmètre et le degré d'incertitude.

Les interprètes

Ici, les données sont bonnes. L'AFTILS — l'association française des traducteurs et interprètes en langue des signes, ex-AFILS — a mené un recensement entre janvier 2023 et février 2024, publié le 29 avril 2024 :

  • environ 615 interprètes F/LSF en activité ;
  • 719 réponses au total, en incluant les personnes ayant quitté la profession ;
  • 87 % de femmes ;
  • 153 en Île-de-France ;
  • un taux de réponse estimé supérieur à 85 %.

C'est peu. Rapporté aux estimations basses du nombre de signeurs, cela représente environ un interprète pour plus d'une centaine d'utilisateurs. Si le métier vous intéresse, nous lui consacrons un article : devenir interprète LSF.

La scolarisation des enfants sourds

Le Conseil scientifique de l'Éducation nationale, avec Réseau Canopé, a publié en juin 2021 un état des lieux :

  • 7 700 élèves sourds scolarisés en milieu ordinaire — 4 100 dans le premier degré, 3 600 dans le second ;
  • 73 % en inclusion individuelle, 16 % en ULIS TFA, 11 % en PEJS ;
  • 18 % communiquent en LSF et français écrit ;
  • 2 700 élèves supplémentaires en INJS ou en établissement médico-social.

Le ministère de l'Éducation nationale, en réponse à une question écrite de juin 2023, indiquait environ 6 500 élèves en classe ordinaire, 800 en ULIS et 475 en pôles d'enseignement des jeunes sourds (PEJS).

La DGLFLF estimait en 2026 que seuls 3,5 % environ des enfants sourds bénéficient d'une scolarité réellement bilingue LSF / français écrit.

La LSF à l'école et aux examens

Le dispositif principal est le pôle d'enseignement des jeunes sourds (PEJS), créé par la circulaire n° 2017-011 du 3 février 2017. Il regroupe les élèves sourds sur un réseau d'établissements offrant soit un parcours bilingue, où la LSF est langue d'enseignement, soit un parcours en langue française.

La LSF est par ailleurs :

  • proposée dans le cadre des épreuves et enseignements du baccalauréat selon les modalités précisées par les textes de chaque session ;
  • dotée de programmes pour l'école et le collège depuis l'arrêté du 11 juillet 2017 ;
  • un enseignement optionnel au lycée en seconde, première et terminale, depuis l'arrêté du 17 juillet 2020.

Pour la session 2026, le ministère a annoncé deux postes au concours externe du CAPES de LSF accessible à partir de bac+3. Ce nombre illustre la taille encore très réduite de la filière de recrutement.

Ce qu'il faut retenir

La LSF est une langue reconnue par la loi française depuis 2005, enseignable, présentable au baccalauréat, et dotée d'un cadre légal d'accessibilité dans les services publics.

Mais la France ne dispose pas d'un décompte récent et homogène de ses utilisateurs. Les estimations publiées répondent à des périmètres différents et doivent être citées comme telles.

Pour une langue reconnue depuis vingt ans, c'est un angle mort révélateur.

Questions fréquentes

La LSF est-elle une langue officielle en France ? Elle est reconnue comme « une langue à part entière » par la loi de 2005 et considérée comme une langue de France. Elle n'est pas inscrite dans la Constitution, qui ne mentionne que le français comme langue de la République.

Combien de personnes signent en France ? Il n'existe pas de recensement national récent consacré à cette question. Les estimations institutionnelles disponibles vont d'environ 80 000 à 300 000 selon la population retenue et la source.

Combien y a-t-il d'interprètes LSF en France ? Environ 615 interprètes en activité, selon le recensement publié par l'AFTILS en avril 2024.

Peut-on choisir la LSF au baccalauréat ? Oui, selon les voies, enseignements et modalités définis par les textes applicables à la session concernée. Vérifiez la notice officielle de votre année d'examen.

La LSF est-elle la même partout en France ? Non. Il existe des variantes régionales, notamment sur le lexique. C'est le cas de toutes les langues vivantes.


Envie de commencer ? Découvrir Initiation LSF → Pour situer les étapes : les niveaux en LSF, de A1 à C1


Sources