Du 10 au 17 août 1924, Paris accueille une compétition internationale encore inédite : les premiers Jeux internationaux sourds. L'événement, alors appelé International Silent Games, réunit des sportifs sourds européens au stade Pershing et pose les bases d'un mouvement mondial dirigé par les personnes qu'il représente.

Un siècle plus tard, ces Jeux sont connus sous le nom de Deaflympics. Leur histoire ne commence pourtant ni par un changement de nom ni par une décision prise depuis l'extérieur de la communauté sourde. Elle commence avec l'ambition de responsables sportifs sourds qui veulent organiser leur propre rencontre internationale.

Les faits essentiels de Paris 1924

Les archives actuelles de l'International Committee of Sports for the Deaf (ICSD) indiquent :

  • une ouverture le 10 août 1924 à Paris ;
  • 148 athlètes ;
  • neuf pays européens participants ;
  • 31 épreuves répertoriées ;
  • sept sports présents dans les résultats officiels : athlétisme, cyclisme, plongeon, football, tir, natation et tennis.

Ces chiffres corrigent certaines versions secondaires de l'histoire qui mentionnent onze pays ou seulement cinq sports. Pour une page de référence, il est préférable de suivre les données publiées par l'institution qui conserve aujourd'hui les résultats du mouvement Deaflympics.

Le programme est très majoritairement masculin. Les résultats officiels recensent cependant une épreuve féminine : le 100 mètres dos en natation. Ce détail rappelle que l'événement est pionnier sans pour autant reproduire la diversité que l'on attendrait aujourd'hui d'une compétition internationale.

Eugène Rubens-Alcais, à l'origine du projet

Le Français Eugène Rubens-Alcais est la figure centrale du projet. Sourd, mécanicien automobile de profession et cycliste de compétition, il dirige un club sportif parisien de personnes sourdes et fonde une fédération française consacrée au sport sourd, présentée par l'ICSD comme l'ancêtre de la French Deaf Sports Federation (FSSF).

Les archives de l'ICSD le présentent comme l'initiateur des Jeux. Il défend son idée dans la presse sportive sourde et imagine une compétition internationale organisée sur le modèle des Jeux olympiques modernes, mais conçue et conduite par des responsables sourds.

Après les Jeux de Paris, il devient le premier président du Comité international des sports silencieux, le CISS, et conserve cette fonction de 1924 à 1953.

Antoine Dresse, cofondateur et athlète

Le Belge Antoine Dresse joue lui aussi un rôle fondateur. Sourd, coureur et joueur de tennis, il travaille avec Rubens-Alcais à la réalisation de la rencontre. Il devient le premier secrétaire général du CISS, une fonction qu'il exerce pendant quarante-trois ans, jusqu'en 1967.

Dresse ne reste pas en dehors du terrain. Aux Jeux de 1924, il remporte deux médailles de bronze en tennis. Son parcours montre que les premières structures internationales du sport sourd sont construites par des personnes qui sont à la fois organisatrices, dirigeantes et participantes.

La création d'une organisation internationale sourde

À l'issue de la rencontre parisienne, des responsables sportifs sourds fondent le Comité international des sports silencieux. Son sigle historique, CISS, reste longtemps associé au mouvement. L'organisation porte aujourd'hui le nom d'International Committee of Sports for the Deaf, ou ICSD.

Selon l'ICSD, les Deaflympics se distinguent notamment par leur gouvernance : les instances dirigeantes et exécutives de l'organisation sont réservées aux personnes sourdes. Ce principe donne à la compétition une portée qui dépasse le calendrier sportif. Il s'agit d'une institution internationale construite par la communauté sourde pour ses propres athlètes.

Des « International Silent Games » aux Deaflympics

Le nom de la compétition évolue avec le temps :

  1. International Silent Games à l'origine ;
  2. World Games for the Deaf par la suite ;
  3. Deaflympics, nom officiellement adopté en 2001.

Il ne faut donc pas projeter le mot « Deaflympics » comme s'il avait été utilisé en France dès 1924. On peut l'employer pour aider le lecteur actuel à identifier l'événement, tout en donnant le nom historique dans le texte.

Les premiers Jeux d'hiver sont organisés en 1949 à Seefeld, en Autriche. Le mouvement comporte depuis des éditions d'été et d'hiver.

Pourquoi Paris 1924 est un jalon de l'histoire sourde

Au début du XXe siècle, les préjugés sur les capacités intellectuelles, linguistiques et sociales des personnes sourdes restent profondément ancrés. Le projet de Rubens-Alcais et de Dresse répond à ce contexte par l'organisation collective, la compétition et la visibilité publique.

Réduire l'événement à une simple « preuve que les personnes sourdes peuvent faire du sport » serait cependant insuffisant. Paris 1924 marque surtout la création d'un espace international où des athlètes et responsables sourds définissent eux-mêmes leurs règles, leurs rencontres et leurs institutions.

Le sport offre aussi un lieu de circulation entre communautés nationales. Les participants ne partagent pas nécessairement une même langue des signes : les langues des signes ne sont pas universelles. La rencontre internationale implique donc des échanges entre langues, pratiques visuelles et réseaux sourds distincts.

Ce que les archives permettent — et ne permettent pas — d'affirmer

Les sources institutionnelles permettent de documenter les organisateurs, les chiffres principaux, les épreuves et la création du CISS. Elles ne justifient pas d'inventer les langues précises utilisées entre tous les participants ni de présenter la compétition comme l'origine de la LSF.

La LSF existait bien avant 1924. Les Deaflympics appartiennent à une autre histoire, celle du sport sourd et de son organisation internationale. Les deux sujets se rencontrent dans l'histoire culturelle des communautés sourdes, mais ils ne doivent pas être confondus.

Repères chronologiques

  • 10–17 août 1924 : premiers Jeux internationaux sourds à Paris.
  • 1924 : création du CISS après les Jeux ; Eugène Rubens-Alcais en devient président et Antoine Dresse secrétaire général.
  • 1949 : premiers Jeux internationaux d'hiver à Seefeld.
  • 2001 : adoption officielle du nom Deaflympics.
  • 10 août 2024 : centenaire du début des premiers Jeux et de la naissance du mouvement international.

Pour continuer

L'histoire des Deaflympics fait partie d'un patrimoine culturel plus large, fait de langues, d'arts, d'éducation, de mobilisations et d'institutions créées par des personnes sourdes.

Sources