Vous rencontrez une personne sourde et vous avez peur de mal faire ? Le meilleur point de départ n'est pas de deviner. C'est de créer les conditions d'un échange clair et de demander, lorsque c'est possible, comment la personne préfère communiquer.

Certaines personnes utilisent principalement la langue des signes française. D'autres communiquent en français oral, par lecture labiale, par écrit, avec une transcription, avec la langue française parlée complétée ou en combinant plusieurs moyens. Une personne peut aussi changer de préférence selon le contexte.

Il n'existe donc pas une méthode unique valable pour toutes les personnes sourdes ou malentendantes. Les conseils ci-dessous sont des repères à adapter, pas des règles imposées à votre interlocuteur.

1. Commencez par demander la préférence de la personne

Une question simple évite beaucoup de malentendus : « Comment préférez-vous communiquer ? »

Si vous ne partagez pas encore de langue commune, vous pouvez montrer votre téléphone ou un carnet, faire un geste pour proposer d'écrire, ou utiliser une application de transcription. L'objectif n'est pas de choisir à la place de la personne, mais de lui laisser indiquer ce qui fonctionne le mieux.

Ne supposez pas qu'une personne sourde utilise la LSF. À l'inverse, ne supposez pas non plus que la lecture labiale ou un appareil auditif permet de suivre facilement une conversation orale.

2. Attirez son attention avant de commencer

La personne doit pouvoir vous voir avant que l'échange commence. Selon la distance et la situation, vous pouvez :

  • faire un petit signe de la main dans son champ visuel ;
  • établir un contact visuel ;
  • tapoter légèrement l'avant-bras ou l'épaule si le contexte s'y prête ;
  • demander à une personne déjà dans son champ visuel de transmettre le signal ;
  • utiliser une légère vibration sur une table dans un groupe habitué à ce type de signal.

Appelez son nom ou faites un bruit fort uniquement si vous savez que cela est perceptible et que la situation le justifie. Ne touchez pas une personne sans son accord ni sans que le contexte rende le contact clairement attendu.

3. Maintenez le contact visuel

En LSF comme dans toute communication visuelle directe, le regard joue un rôle important. Regardez votre interlocuteur, pas l'interprète si un interprète est présent, pas votre téléphone, pas un tiers.

Si vous lisez des notes ou regardez un écran, signalez-le brièvement. La personne doit pouvoir savoir quand l'échange reprend.

4. Articulez clairement si vous parlez

Si la personne utilise la lecture labiale pour compléter la compréhension, une articulation claire aide. Cela ne signifie pas exagérer ou ralentir chaque mot au point que la lecture labiale devient impossible. Parlez à un rythme naturel un peu ralenti, sans vous couvrir la bouche.

La lecture labiale est partielle même pour les personnes qui la pratiquent depuis longtemps. Beaucoup de sons se ressemblent sur les lèvres. Elle ne remplace pas un autre mode de communication lorsque le contexte est bruyant, que vous portez un masque ou que vous êtes de profil.

5. Proposez l'écrit ou une application de transcription

Écrire sur un téléphone, un carnet ou une tablette peut faciliter un échange lorsque la langue commune fait défaut. Certaines applications transcrivent la parole en texte en temps réel. Elles restent imparfaites, notamment dans les environnements bruyants ou pour les prénoms et termes techniques.

Ce type de support n'est pas une solution définitive. C'est un outil de dépannage utile dans des situations imprévues.

6. Incluez la personne dans les échanges de groupe

Dans un groupe, assurez-vous que la personne sourde peut voir les autres participants. Une disposition en demi-cercle ou en cercle facilite la participation.

Évitez les conversations parallèles qui l'excluent. Résumez brièvement ce qui a été dit si la personne n'a pas pu suivre. Ne parlez pas en même temps que quelqu'un d'autre si la personne cherche à lire sur les lèvres.

Dans une réunion ou une conférence, signalez d'avance à l'animateur si un interprète doit être intégré au dispositif. L'interprète a besoin d'espace, d'un éclairage suffisant et d'une position visible pour tous.

7. Travaillez avec un interprète de façon appropriée

Lorsqu'un interprète est présent, adressez-vous directement à la personne sourde, pas à l'interprète. Dites « Pouvez-vous m'indiquer… » et non « Demandez-lui si… ».

Parlez à un rythme permettant à l'interprète de travailler correctement. Faites une pause si l'interprète le demande. N'interrompez pas l'interprétation en cours pour commenter une formulation.

L'interprète est là pour faciliter la communication, pas pour donner son avis sur l'échange, transmettre vos impressions personnelles sur la personne sourde ou résumer ce que vous jugez « essentiel ». Il ou elle traduit fidèlement ce qui est dit.

8. Évitez les suppositions sur les capacités de la personne

La surdité ou la malentendance ne dit rien sur le niveau d'éducation, l'intelligence, la capacité à travailler, à utiliser des outils numériques ou à communiquer dans d'autres langues.

Ne simplifiez pas votre discours au-delà de ce que la situation communicationnelle demande. Ne présupposez pas qu'une personne a besoin d'aide pour des tâches qui ne dépendent pas de l'audition.

9. Apprenez quelques signes de base si vous interagissez régulièrement

Quelques signes de salutation, de politesse ou liés à votre contexte professionnel peuvent faciliter les premiers échanges et montrer une intention d'effort. Il faut cependant être honnête sur son niveau : quatre signes appris en ligne ne constituent pas une conversation en LSF.

Si vous souhaitez vraiment progresser, un parcours structuré avec des retours sur votre production est plus efficace qu'une succession de vidéos de vocabulaire isolées.

10. Transmettez les informations accessibles dans vos propres contextes

L'accessibilité communicationnelle ne concerne pas seulement les échanges en face à face. Dans un contexte professionnel ou institutionnel, vérifiez que :

  • les vidéos publiées sont sous-titrées ou accessibles en LSF ;
  • les événements prévoient une interprétation LSF si un public sourd est attendu ;
  • les documents importants sont disponibles dans un format lisible ;
  • les canaux de communication alternatifs à la voix sont proposés (email, SMS, formulaire écrit).

Ces adaptations dépendent des ressources disponibles. Elles ne demandent pas toutes le même investissement. L'important est de commencer par identifier les situations où l'exclusion est la plus probable et d'y répondre en priorité.

Ce que la LSF apporte dans ces échanges

Apprendre la LSF, même à un niveau débutant, modifie souvent le regard qu'on porte sur la communication visuelle. On comprend mieux le rôle du regard, de l'espace et des expressions dans la transmission d'un message.

Cela ne remplace pas une formation à l'accessibilité ou une réflexion sur les pratiques institutionnelles. Mais cela peut aider à mieux comprendre pourquoi certains réflexes oraux gênent la communication et pourquoi les préférences des personnes sourdes ou malentendantes sont aussi variées.

Pour en savoir plus sur la communauté sourde en France, lisez Communauté sourde en France : qui sont-ils et comment les rejoindre ?.

Pour commencer un parcours de LSF structuré avec des retours sur votre production : Initiation LSF.

Sources et ressources